Le Père Marie-Joseph le Guillou, dès les premières années de sa vie religieuse, a compris que le Seigneur avait déposé en son cœur une vocation spéciale "pour l'unité" - ut unum sint !

En 1952 il a été appelé au centre d'études Istina. En 1958, il a obtenu son doctorat en théologie avec mention, en soutenant sa thèse : " Mission et Unité. Les exigences de la communion". Simultanément, alors qu'il était membre du centre d'études Istina, il a continué son enseignement à la Faculté de théologie du Saulchoir de 1952 à 1967 sur la théologie orientale. Pour mieux connaître la tradition orientale, il a passé une année au Mont Athos.

En 1963, il a été appelé à participer à la deuxième session du Concile, après la mort de Jean XXIII, quand Paul VI a repris le Concile oecuménique.
En 1969, il a été nommé professeur à l'Institut Catholique de Paris, où il est resté titulaire jusqu'en 1982. Il y a fondé l'Institut supérieur d'études œcuméniques (ISEO)
.

Le Père Marie-Joseph Le Guillou s'est endormi dans le Seigneur le 25 janvier 1990 à 23h 50, à la fin du dernier jour de la semaine de l'Unité. Il repose au cimetière de Blaru dans les Yvelines.

Depuis 1991, chaque année, les chrétiens se réunissent pour prier par son intercession.




 





" Le Père et moi, nous sommes UN "

par Monseigneur Patrick Chauvet, 19 janvier 2000


Comme il est bon, au début de ce colloque sur l'œcuménisme, dans le sillon du Père Marie-Joseph Le Guillou, de réentendre les paroles du Christ qui nous conduisent à la source. En effet, la source de l'unité est la vie Trinitaire. Certes, les rencontres, les colloques, les études, les recherches sont importants - sinon nous ne serions pas là -, mais nous passerions à côté si nous ne commençons pas par contempler la source qui n'est pas simplement source, mais don de l'unité.

 

"L'Église est une", de cette unité qui jaillit de la vie divine

 

Commençons alors, par écouter la voix du Bon Pasteur. L'écoute de la Parole nous fait entrer dans la connaissance du Fils ; et connaître le Fils n'est pas de l'ordre du savoir, mais de la "sequela Christi".

Si nous voulons grandir dans l'unité, il nous faut nous mettre à la suite du Christ, doux et humble de cœur, celui qui s'est fait obéissant jusqu'à la mort, celui qui n'a fait que la volonté de son Père. Il nous faut vivre ainsi dans l'intimité avec le Christ, en Lui, par Lui et pour Lui, alors nous demeurerons dans cette unité qui est Trinité.

Les divisions dans L'Église depuis deux mille ans ont des raisons multiples - volonté de puissance, orgueil, manque d'écoute, incompréhensions linguistiques, questions politiques, historiques, conflits théologiques …que sais-je? - mais à chaque division, ce dont je suis sûr, c'est que nous étions loin de la charité, de l'obéissance et de l'humilité. A chaque rupture, nous avons refusé de suivre le Christ dans son Mystère Pascal. Comme l'écrit le Père Le Guillou, dans "Mission et Unité " …C'est toujours le refus d'un élément d'autorité, au sein de la communion comme mystère fraternel, qui commande toutes les objections."

Et nous ce soir, dans cette Basilique du Sacré-Cœur, nous nous retrouvons pour nous mettre à l'école d'un théologien qui a consacré sa vie à cette réconciliation. Il s'agit donc de nous mettre à son école.

Certains se disent peut-être : "Que sommes-nous dans L'Église ? Pouvons-nous faire quelque chose ? Cela semble nous échapper !"

Ce chemin d'unité, il commence par la prière. La prière est efficace : "Demandez et vous recevrez" ; peut-être faut-il la faire plus pressante ! La prière nous conduit à la source, parce que nous prions au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Et la prière nous unifie, parce que nous devenons Temple de l'Esprit, nous devenons UN avec la Trinité.

Un être unifié et pacifié porte en lui ce désir d'unité. Il est de bon ton, aujourd'hui, d'aimer et parfois de susciter des conflits ! Nous n'avons pas à fuir les conflits s'ils surviennent, mais nous sommes d'abord appelés à être des artisans de paix, habités par la douceur de la charité.

Nos communautés, vivant de la charité, deviendront alors des signes de cette unité tant désirée par le pape Jean Paul II.

Ainsi, ce qui est en notre pouvoir aujourd'hui n'est pas secondaire, mais nous met au cœur du mystère que nous célébrons.

Le Père M.J. Le Guillou a engagé un dialogue oecuménique autour de la notion et de la réalité de communion, réalité commune à tous les chrétiens. Ce thème sera développé par le Père de la Soujeole. Je ne reprends donc que les grandes lignes.

Le Père Le Guillou souligne "d'abord que le Christ, seul Prêtre a voulu créer une Église, c'est à dire un peuple sacerdotal et royal, qui soit le Temple de Dieu. Ensuite, pour le service de cette vie ecclésiale, le Christ a institué des ministères qui sont là pour représenter dans le Corps de L'Église son action toujours agissante. L'Église apparaîtrait immédiatement ainsi comme communion, c'est à dire comme Corps indivisible animé par l'action unifiante de l'Esprit donnant à chacun de ses membres des dons variés pour le service de tous, ou mieux comme l'unité d'un corps organiquement lié pour permettre l'épanouissement des personnes dans la charité" ( Mission et Unité – Tome II pp223-224).

Dans ce corps, chacun d'entre nous a une place, avec son charisme qui lui est propre, mais dans cette communion ; c'est-à-dire, si le charisme est mis au service de la communion et non à son propre service, car il deviendrait alors volonté de puissance et destruction de la communion. Cette communion ne supprime pas l'autorité, sinon nous sommes dans l'anarchie, mais cette autorité est aussi de l'ordre de la communion ; ainsi, dit encore le Père Le Guillou : " Les évêques ne peuvent agir avec plénitude qu'en liaison avec la communion de toute L'Église exprimée par la communion des Evêques entre eux" (ib. p 225)

Certes, demeure la place du Pape ! Le Père Le Guillou poursuit : " Le Pape ne posséderait pas le suprême pouvoir de gouverner L'Église dans l'unité s'il n'était pas le premier des évêques, et il n'existe jamais en dehors de la communion des évêques, puisqu'il est précisément le critère de cette communion." (ib. p 226)

Je ne développe pas ce point puisqu'il sera traité par le Père Morerod.

Ainsi, grâce aux ministères des Evêques, en communion entre eux autour du Successeur de Pierre, s'exprime la communion de L'Église tout entière, Corps de charité avec " échanges de vie, d'énergie et de services".

Concrètement, cela suppose que les églises locales " doivent se comprendre les unes les autres, s'ouvrir les unes aux autres, en un mot, donner et recevoir".

Nous ne pouvons vivre cela que dans l'Esprit-Saint ; en cette Eucharistie, demandons au Seigneur de nous aider à vivre beaucoup plus dans l'Esprit pour devenir des signes de cette unité. Alors, oui, "le Témoins sont parmi nous".

 

 

 

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